Un « coup d’État parlementaire » au Paraguay
Par Claude Morin
Version longue d’un article publié dans Le Devoir, 11 juillet 2012 (p. 7)
Le 22 juin dernier, le Sénat paraguayen a destitué le président Fernando Lugo après que la Chambre des députés l’eut accusé la veille de mauvaise gestion. En moins de 36 heures, les deux chambres avaient complété la procédure et le vice-président, Federico Franco, était assermenté comme président moins de trois heures après le vote des sénateurs.
La démarche s’appuyait sur l’article 225 de la Constitution paraguayenne. Celle-ci autorise un « procès politique » contre une autorité qui aurait mal rempli ses fonctions, sans préciser la manière dont le procès doit se dérouler. La cause a été entendue tambour battant. Le président Lugo n’a même pas eu une journée pour préparer sa défense et ses avocats ne disposaient que de deux heures pour exposer leurs arguments. La Cour suprême a refusé d’appuyer une demande de délai.
L’accusation n’a d’ailleurs fourni aucune preuve, prétendant que les cinq motifs allégués étaient de « notoriété publique » et ne requéraient pas une démonstration. Face à une procédure aussi expéditive qui ne respectait pas les droits de l’accusé à une défense pleine et entière, nombre d’observateurs informés ont qualifié la destitution de « coup d’État parlementaire ».
Prélude à ce « coup d’État »
À dire vrai, la décision avait été prise avant même que le Sénat ne se réunisse. Il faut savoir que Fernando Lugo avait été menacé d’une telle procédure à plus de 20 reprises depuis son entrée en fonction en août 2008. Déjà en mars 2009, dans un câble divulgué par WikiLeaks, l’ambassade des États-Unis à Asunción informait le Département d’État des complots que fomentaient certains parlementaires en vue de destituer Lugo. L’informateur parlait d’un « coup démocratique » en préparation. Mais encore fallait-il pour exécuter la menace réunir une majorité des deux tiers. Cette condition avait fait défaut jusqu’à présent. Les partisans de la destitution, le parti Colorado et UNACE, ne disposaient pas des votes nécessaires dans les deux chambres. Et il leur fallait une « cause célèbre ».
Le 15 juin, six policiers et onze paysans furent tués dans un affrontement motivé par un conflit agraire. On imputa la responsabilité du massacre de Curuguaty au président Lugo. Les circonstances, pour ténébreuses qu’elles soient, pointent dans une autre direction. Ce massacre présente des caractéristiques d’un coup monté. Des francs-tireurs embusqués auraient ouvert le feu sur les policiers et sur les paysans avec des armes de fort calibre sans doute équipées de mires télescopiques.
Loin d’être l’instigateur de cet affrontement, le président en fut une victime, puisque le frère de son chef de sécurité y a perdu la vie. Des paysans pauvres occupaient des terres qu’un puissant ex-sénateur colorado revendiquait comme siennes, mais que la rumeur publique attribue au domaine public. Le conflit est un révélateur des tensions que vit le pays. Le Paraguay est une « île » rurale enclavée dans le continent sud-américain, sans grandes ressources minières, sans base industrielle consistante. La terre est la principale source de richesses. Or 80 % des terres cultivables appartiennent, légalement ou pas, à 2 % de la population, alors que 87 000 familles paysannes sont sans terres. Le soja transgénique est devenu une grande affaire orchestrée par la société Monsanto et autres géants de l'agrobusiness (Cargill, Syngenta, etc). Le Paraguay est ainsi devenu quatrième exportateur mondial de cet oléagineux. De puissants groupes commerciaux se sont taillé des empires aux dépens des paysans qui s’élèvent, en outre, contre les contaminations qui découlent des épandages aériens. Ceux-ci mettent annuellement les terres, les eaux et les humains en contact avec plus de 20 millions de litres de pesticides.
Nombre de parlementaires appartiennent à une oligarchie qui frappe la réforme agraire d’anathème. Ils feront tout pour bloquer un projet politique qui menacerait leurs intérêts personnels et ceux de leur classe. Plusieurs d’entre eux auraient des liens avec les narcotrafiquants et les mafias de tout genre qui ont placé le pays sous leur coupe depuis des décennies.
Des programmes sociaux
Or Fernando Lugo, du temps où il était évêque, était proche des pauvres. Il doit son élection à la présidence à sa proximité avec les déshérités des campagnes. Parvenu au pouvoir au sein d’une coalition regroupant le parti Libéral et une douzaine de partis et mouvements sociaux, Lugo a mis de l’avant des programmes sociaux afin de réduire la pauvreté qui affecte le tiers des ménages.
Il a institué la gratuité des soins médicaux et hospitaliers. Il a augmenté les dépenses dans l’éducation publique, introduisant la collation dans les écoles. Son projet de créer un impôt sur le revenu a été bloqué par le parlement et il a dû renoncer à engager une réforme agraire. Il a poursuivi la politique économique de ses devanciers. Sachant que ses adversaires n’attendaient qu’un faux-pas de sa part – ce que reconnaît l’informateur de l’ambassade états-unienne –, il a dilué son programme social et tenté de rassurer ses opposants par des concessions, au risque de décevoir ses partisans.
Les mouvements sociaux qui l’avaient porté au pouvoir n’ont pas compris pour leur part que Lugo, face à une opposition majoritaire au parlement, avaient besoin de la pression de la rue pour contrer l’oligarchie. Ses adversaires lui ont quand même reproché d’encourager la contestation rurale et de soutenir en sous-main les occupations de terres et l’Armée du peuple paraguayen.
Unis contre Lugo
Lugo a commis une erreur politique. Sous le choc après le massacre de Curuguaty, il a limogé son ministre de l’Intérieur, un libéral, pour le remplacer par un colorado. Les Colorados ont dominé la vie politique pendant 61 ans et l’un des leurs, Alfredo Stroessner, imposa une dictature de 35 ans. Ayant voulu amadouer le parti ennemi, Lugo a soulevé l’ire des libéraux. Colorados et libéraux, pourtant rivaux invétérés, ont fait équipe pour réaliser la destitution. N’ayant pas de motifs sérieux, ils ont procédé à la hâte de peur que des manifestations populaires en appui au président ne fassent obstacle à l’opération.
Faute d’avoir soigné ses relations avec les mouvements sociaux afin de ne pas attiser les passions chez ses adversaires, Lugo n’a pu bénéficier d’une large mobilisation dans les derniers moments de sa présidence. Sa première réaction fut même d’accepter sa destitution. Ce faisant, il se comporta en évêque, refusant la confrontation et la violence. Il lui fallut plus de 24 heures pour dénoncer le coup d’État et appeler à la résistance pacifique. Des manifestations se sont succédé par la suite à Asunción et dans plusieurs points du pays. Conscient de son manque de crédibilité et d’appui populaire, le nouveau gouvernement en est réduit à reconduire les politiques sociales de Lugo avec un personnel exclusivement libéral.
Le versant externe du conflit
La crise paraguayenne a aussi une dimension géopolitique. Les voisins sud-américains ont rapidement réagi. Les présidents ont dépêché leurs ministres des affaires étrangères à Asunción afin de convaincre le Sénat de retarder sa décision, puis ont dénoncé la destitution comme une atteinte à la démocratie. Les trois pays membres du Mercosur ont décidé de suspendre le Paraguay jusqu’à la pleine restauration de l’ordre démocratique ou, à défaut, jusqu’à l’entrée en fonction du futur président en août 2013.
Le Paraguay a aussi été suspendu d’Unasur, l’union des douze nations sud-américaines. Les putschistes se sont drapés dans la défense de la souveraineté, dénonçant leurs partenaires et voisins pour leur tentative de s’ingérer dans les affaires paraguayennes, pour leur mépris à l’égard de la Constitution. Ils ont aussi rappelé la guerre de la Triple Alliance, quand l’Argentine, le Brésil et l’Uruguay avaient fait front commun contre le Paraguay en 1865, lui infligeant des pertes humaines et territoriales colossales. C'est l'épisode le plus dramatique du passé paraguayen, une blessure qui demeure vive un siècle et demi plus tard.
Les partenaires du Mercosur ont renoncé à prendre des sanctions qui auraient frappé la population. Mais en même temps qu’ils suspendaient le Paraguay, ils décidaient d’admettre le Venezuela dans le Mercosur, à compter du 31 juillet prochain, une adhésion adoptée en 2006, mais bloquée par le sénat paraguayen.
Le Paraguay pourrait choisir de faire bande à part et de signer des accords de libre échange, y compris et surtout avec les États-Unis. Le Paraguay ferait en effet figure d’État client pour la projection de leur puissance militaire au cœur de l’Amérique du Sud. Après tout, le pays a des frontières communes avec la Bolivie, l’Argentine, l’Uruguay et le Brésil, quatre pays dirigés par des gouvernements de gauche. Des généraux sont effectivement venus des États-Unis après la destitution de Lugo pour discuter de projets de bases militaires que préconisent certains parlementaires. La destitution de Lugo représente ainsi un coup contre le Mercosur et contre l'intégration régionale dirigée depuis l'Amérique latine.
Le Canada figure sur la liste des rares pays (avec l’Allemagne, l’Espagne, le Vatican et Taiwan) à avoir reconnu le nouveau gouvernement. C’est du moins ce que prétend ce dernier. Aucun pays d’Amérique latine n’a encore reconnu le gouvernement Franco. Washington, pour sa part, a préféré attendre le rapport que l’Organisation des États américains a rendu public le 10 juillet au retour d’une mission de reconnaissance. Au vu de la composition de la délégation qui s’est rendue à Asunción – en faisaient partie le Canada, Haïti, le Honduras, le Mexique et les États-Unis – il n'y a pas lieu de s'étonner que le rapport ne constate aucune rupture de l’ordre démocratique et ne recommande aucune sanction comme si la destitution, pour expéditive qu’elle fut, respectait la loi. On aura ainsi confondu légalité et légitimité. Le gouvernement Harper se montrera sans doute fidèle à la ligne idéologique qu’il avait défendue lors du coup d’État au Honduras.
La transnationale canadienne Rio Tinto Alcan devrait profiter rapidement du changement de gouvernement. Son lobbyiste, devenu vice-ministre de l'Industrie, négociait un contrat qui lui accorderait une subvention de 14 millions $ sur vingt ans sous forme d'énergie électrique pour l'exploitation de gisements de lithium. Le président Lugo s'opposait à ce marché de dupes. Le Paraguay est, en effet, comme le Québec un géant régional en ressources hydroélectriques. Associé à l'exploitation du barrage d'Itaipú - le plus grand barrage au monde jusqu'à le parachèvement du barrage des Trois Gorges en Chine - il vend ses excédents au Brésil. La contribution majeure de Lugo au développement du Paraguay aura été de négocier une révision importante des redevances pour l'électricité livrée au Brésil.
Les coups d’État classiques ont vécu. La menace pour les présidents en Amérique latine vient désormais moins de l’armée que des parlements agissant de concert avec le judiciaire pour défendre et perpétuer un ordre injuste. Un dirigeant de gauche élu démocratiquement peut-être renversé si les putschistes savent manœuvrer pour déguiser un coup d’État en un acte « institutionnel ». On aura vu le Honduras emprunter impunément cette voie en juin 2009 pour déloger Manuel Zelaya qui avait trahi sa classe et choisi de s’appuyer sur les mouvements sociaux.
Sources :
Pour connaître le contexte et l’évolution de la situation, j’ai consulté les journaux paraguayens : Ultima Hora, le plus équilibré (http://www.ultimahora.com/), ABC Color, propriété d'un puissant groupe commercial hostile à Lugo (http://www.abc.com.py/), des articles et reportages dans le quotidien argentin Página12 (http://www.pagina12.com.ar/), des analyses publiées sur le site de l’agence latino-américaine ALAI (http://www.alainet.org/), des documents publiés par WikiLeaks (http://www.wikileaks.org/), des reportages dans le quotidien espagnol El País (http://www.elpais.com/).
Fernando Lugo a été la cible d’une campagne de dénigrement en 2009. Pour un rappel, lire ma chronique : http://latam-cmorin.blogspot.ca/2010/01/la-paternite-du-president-lugo.html
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mercredi 11 juillet 2012
dimanche 3 janvier 2010
La paternité du président Lugo
Fernando Lugo a été élu à la présidence du Paraguay en avril 2008 et dirige le pays depuis le 15 août 2008. Soutenu par une coalition très large, l’Alianza Patriótica para el Cambio (APC), il a dû son succès à son travail comme pasteur engagé auprès des travailleurs et des paysans à l’époque où il était évêque du diocèse le plus pauvre du pays. Le Vatican l’a démis de sa charge épiscopale, à sa demande, puis l'a ramené à l'état laïque après son élection. Sa victoire a mis fin à 61 ans d'appropriation de la présidence par le parti Colorado, ce même parti qui avait cautionné la dictature du général Alfredo Stroessner de 1954 à 1989. Élu sur un programme progressiste, Lugo, qui ne dispose pas d’un parti propre, fait maintenant face à une formidable opposition au parlement. Certains analystes évoquent la possibilité qu’il puisse connaître le même sort que Manuel Zelaya, le président hondurien destitué par un coup d’État « légal ».
Ce qui retient l’attention des médias internationaux, c’est moins ses projets de réforme et les réactions qu’ils suscitent chez tous ceux qui auraient à perdre, par exemple, d’une réforme agraire, qu’une histoire de mœurs. Les médias locaux et internationaux font leurs choux gras de la supposée paternité généreuse de l'ex-évêque. Fernando Lugo a reconnu en avril 2009 être le père d’un garçon de deux ans, fils d’une femme âgée de 25 ans. Puis en novembre, sa nièce a parlé d’une fille âgée de 19 ans. Les médias s'emploient à lui trouver d'autres enfants. La presse évoque la possibilité qu’il ait procréé 17 enfants. Des demandes pour des tests d’ADN ont été déposées par des femmes. Certaines les ont retirées par la suite, disant avoir été soumises à des pressions par des avocats pour effectuer ces demandes.
On peut déplorer la conduite de l’ecclésiastique Lugo qui a enfreint des règles d’abstinence sexuelle propre à son état. Qui suis-je pour lui jeter la pierre, moi qui rejette cette position de l’Église, une position qui n’est apparue qu’après l’an mil. Comme historien, je sais aussi combien l’Église a exploité le péché et la répression de la sexualité comme moyen d’asseoir son contrôle des esprits. Lugo fut-il hypocrite dans sa conduite publique : dénonçant la sexualité des autres, tout en soumettant des jeunes femmes à ses pulsions? Seule une connaissance de sa pastorale, de ses sermons, permettrait d’en juger. Une chose est sûre : c’est par la dénonciation du péché social (l’injustice, la pauvreté) qu’il s’est illustré.
Indépendamment de ce que fut la conduite sexuelle de Fernando Lugo alors qu'il était évêque, on doit voir dans cette campagne une tentative de la part de la droite pour le discréditer et l'empêcher de se consacrer à ses tâches de président.
Cet épisode interpelle cependant l'historien dans la mesure où il révèle un comportement masculin profondément ancré au Paraguay depuis le 16e siècle. On disait que cette région autour d'Asunción qu’elle était le "paradis de Mahomet" en raison des unions de fait et les nombreuses naissances illégitimes résultant des amours entre les conquérants et colons espagnols et les femmes guaranis. La guerre de la Triple Alliance (1864-1870) – opposant le Brésil, l’Uruguay et l’Argentine au Paraguay -- a fourni un autre contexte tout à fait singulier. Plus des trois quarts de la population paraguayenne y perdit la vie. Il restait très peu d’hommes parmi les 300 000 survivants. Les hommes survivants transformèrent donc leur fonction reproductive en devoir patriotique. Comme pour le Larousse, on peut dire qu’ils semèrent « à tous vents ».
Ce comportement a perduré. Le Paraguay est un cas extrême. Sept Paraguayens sur 10 n’ont pas de père reconnu. Le tiers des ménages ont une femme pour chef unique. Le père féconde, la mère accouche et élève. Le président Lugo est en bonne compagnie : des 52 présidents qu’a eus le pays, huit étaient des fils illégitimes et 17 ne reconnurent pas leur progéniture. Lugo peut donc donner l’exemple en reconnaissant ses enfants (à coup de tests d’ADN) et en versant des pensions. On peut penser que c’est son état passé qui l’empêche de jouer franc jeu dans cette démarche. Il devrait plutôt aller au bout de sa démarche et contribuer à changer les hommes pour en faire des pères responsables. Un groupe musical a lancé une chanson qui est devenue un tube. On y chante : « Lugaucho a du cœur, mais il n’a pas de capote ». Lugo s’est comporté comme un gaucho, l’homme des campagnes.
Ce qui retient l’attention des médias internationaux, c’est moins ses projets de réforme et les réactions qu’ils suscitent chez tous ceux qui auraient à perdre, par exemple, d’une réforme agraire, qu’une histoire de mœurs. Les médias locaux et internationaux font leurs choux gras de la supposée paternité généreuse de l'ex-évêque. Fernando Lugo a reconnu en avril 2009 être le père d’un garçon de deux ans, fils d’une femme âgée de 25 ans. Puis en novembre, sa nièce a parlé d’une fille âgée de 19 ans. Les médias s'emploient à lui trouver d'autres enfants. La presse évoque la possibilité qu’il ait procréé 17 enfants. Des demandes pour des tests d’ADN ont été déposées par des femmes. Certaines les ont retirées par la suite, disant avoir été soumises à des pressions par des avocats pour effectuer ces demandes.
On peut déplorer la conduite de l’ecclésiastique Lugo qui a enfreint des règles d’abstinence sexuelle propre à son état. Qui suis-je pour lui jeter la pierre, moi qui rejette cette position de l’Église, une position qui n’est apparue qu’après l’an mil. Comme historien, je sais aussi combien l’Église a exploité le péché et la répression de la sexualité comme moyen d’asseoir son contrôle des esprits. Lugo fut-il hypocrite dans sa conduite publique : dénonçant la sexualité des autres, tout en soumettant des jeunes femmes à ses pulsions? Seule une connaissance de sa pastorale, de ses sermons, permettrait d’en juger. Une chose est sûre : c’est par la dénonciation du péché social (l’injustice, la pauvreté) qu’il s’est illustré.
Indépendamment de ce que fut la conduite sexuelle de Fernando Lugo alors qu'il était évêque, on doit voir dans cette campagne une tentative de la part de la droite pour le discréditer et l'empêcher de se consacrer à ses tâches de président.
Cet épisode interpelle cependant l'historien dans la mesure où il révèle un comportement masculin profondément ancré au Paraguay depuis le 16e siècle. On disait que cette région autour d'Asunción qu’elle était le "paradis de Mahomet" en raison des unions de fait et les nombreuses naissances illégitimes résultant des amours entre les conquérants et colons espagnols et les femmes guaranis. La guerre de la Triple Alliance (1864-1870) – opposant le Brésil, l’Uruguay et l’Argentine au Paraguay -- a fourni un autre contexte tout à fait singulier. Plus des trois quarts de la population paraguayenne y perdit la vie. Il restait très peu d’hommes parmi les 300 000 survivants. Les hommes survivants transformèrent donc leur fonction reproductive en devoir patriotique. Comme pour le Larousse, on peut dire qu’ils semèrent « à tous vents ».
Ce comportement a perduré. Le Paraguay est un cas extrême. Sept Paraguayens sur 10 n’ont pas de père reconnu. Le tiers des ménages ont une femme pour chef unique. Le père féconde, la mère accouche et élève. Le président Lugo est en bonne compagnie : des 52 présidents qu’a eus le pays, huit étaient des fils illégitimes et 17 ne reconnurent pas leur progéniture. Lugo peut donc donner l’exemple en reconnaissant ses enfants (à coup de tests d’ADN) et en versant des pensions. On peut penser que c’est son état passé qui l’empêche de jouer franc jeu dans cette démarche. Il devrait plutôt aller au bout de sa démarche et contribuer à changer les hommes pour en faire des pères responsables. Un groupe musical a lancé une chanson qui est devenue un tube. On y chante : « Lugaucho a du cœur, mais il n’a pas de capote ». Lugo s’est comporté comme un gaucho, l’homme des campagnes.
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